Le 19 mai 2026, Run Odysséa annonce une nouvelle encourageante : les associations pour la lutte contre le cancer du sein sont de plus en plus nombreuses à La Réunion. Et la collecte suit la même tendance — 318 000 euros récoltés cette année. Mais comment cet argent est-il utilisé ? Qui en bénéficie vraiment ?
Chaque année, des milliers de Réunionnais chaussent leurs baskets pour une même cause : vaincre le cancer du sein. À La Réunion, la course a vu le jour en 2008, portée par quatre dalons réunionnais avec une idée simple mais puissante : créer un événement sportif et caritatif pour soutenir la lutte contre le cancer du sein. De cette belle initiative est née l'association Run Odysséa, officiellement créée en 2012. Depuis, le mouvement ne cesse de grandir — dans chaque coin de l'île, des associations émergent, toutes unies par la même cause. Chacune a sa façon de redonner le sourire aux malades et aux survivantes : activités sportives, nautiques, randonnées, ateliers culinaires… Les approches diffèrent, mais les valeurs, elles, restent les mêmes : générosité, engagement, partage et espoir.
Aux côtés des malades, bien au-delà de la course
« L'objectif est de travailler en synergie avec les associations », déclare Luc Bizouerne, directeur de Run Odysséa. Et c'est exactement ce qui se passe. Chaque année, les fonds collectés lors d'Odysséa Réunion sont reversés aux associations pour accompagner toujours plus de personnes touchées par le cancer du sein. Mais avant toute distribution, un processus rigoureux est mis en place : analyse des demandes, identification des besoins, puis proposition de réponses adaptées — via des actions encadrées par Run Odysséa ou des appels à projets. Les fonds sont répartis sur deux axes : la prévention — primaire, avant que le cancer ne se développe, et tertiaire, pour éviter sa réapparition — et l'aide aux malades : soutien social, soins de support, activités physiques adaptées, pendant et après la maladie.
Les associations bénéficiaires signent une convention avec Odysséa Organisation et Run Odysséa. En fin d'année, un bilan complet est établi pour s'assurer que chaque euro a été utilisé au mieux.
Ensemble, elles font la différence
De plus en plus de soignantes s'investissent dans le monde associatif. C'est le cas du Réseau Gynéco Sein IRIS, une association loi 1901 composée d'un collectif de professionnels experts en cancérologie. Sa mission principale : aider les patientes à organiser leur parcours de soins et à faciliter leur accès aux soins de support. Pour cela, un programme minutieux est mis en place. Tout commence par le diagnostic : échographie mammaire, biopsie, IRM et repérage avant chirurgie. Vient ensuite la phase de traitement : chirurgie et radiothérapie. Enfin, les soins de support prennent le relais — nutrition, accompagnement social et psychologique, séances de kinésithérapie — pour accompagner la patiente dans sa reconstruction.
En 2025, IRIS a accompagné 172 nouvelles patientes atteintes d'un cancer du sein, contre 178 en 2024. Plus de 300 heures ont été consacrées aux rendez-vous de suivi. Run Odysséa a permis le financement de 307 heures d'une coordinatrice, soit 38 journées de permanences — représentant près de 36% des permanences totales. Pour 2026, IRIS poursuit sur cette lancée et souhaite améliorer le suivi social de ses patientes. L'association envisage également de s'étendre dans l'Est avec le GHER, avec l'ambition de couvrir toute l'île.
En 2026, de nouvelles associations pointent le bout de leur nez. C'est le cas de Runader, qui accompagne 15 femmes touchées par le cancer du sein pour une randonnée entre Cilaos et le Maïdo — un parcours plus que impressionnant. Dans ce projet, Run Odysséa finance une partie de l'organisation : trois jours de randonnée en septembre, avec un accompagnement par un coach APA, le matériel, l'hébergement et toute la préparation nécessaire.
Si l'activité physique est essentielle au rétablissement des patientes, bien se nourrir l'est tout autant. C'est le rôle que s'est donné l'Association Francophone de Cancérologie de l'Océan Indien, créée pour répondre à un besoin grandissant en matière d'alimentation et de nutrition. Depuis 2022, elle propose des ateliers culinaires animés par le chef Claude Frémy, dont le contenu est pensé pour répondre aux besoins spécifiques des malades : retrouver le plaisir de manger malgré les effets secondaires des traitements — chimiothérapie, radiothérapie — avec des recettes anti-nausées, des plats hachés ou mixés, ou encore des plats adaptés à la fatigue. Entièrement gratuits, ces ateliers sont proposés aux malades par les médecins oncologues de la clinique Sainte-Clotilde et par les associations liées au cancer. En 2026, l'association a pour projet de mettre en place 4 nouveaux ateliers culinaires.
“ Quand on fait de la chimiothérapie pendant trente ans, on a de gros problèmes à se nourrir, on n’a plus faim, on n’aime plus l'odeur de la cuisine. Pendant neuf mois, je ne mangeais que de la glace et des bananes. Les ateliers m’ont aidé à mieux me réalimenter. Sa apporte énormément, c’est au delà de la cuisine. ”, témoigne Valérie qui s’est levée dans le public.
Derrière chaque don, un geste qui sauve
Si la collecte est aussi importante, c'est grâce à la mobilisation des Réunionnaises et des Réunionnais, 21 000 participants ont permis de récolter 185 373 euros grâce à leurs inscriptions — mais pas seulement — à cela s'ajoutent 132 627 euros de dons supplémentaires, versés par des entreprises, des collectivités et des particuliers. Les partenaires jouent un rôle clé. En 2025, E.Leclerc Réunion a récolté 84 314 euros de dons en caisse dans les magasins de l'île. Ness by D-Ocean a quant à elle récolté 2 300 euros lors d'une vente solidaire. Les Dossards Solidaires du Grand Raid ont permis de collecter 6 300 euros grâce à la générosité des traileurs.
Et cet argent, il arrive à point nommé — car les besoins, eux, ne cessent de croître. Le bilan 2025 est sans appel : le cancer du sein touche de plus en plus de femmes à La Réunion. Cette année, 453 personnes ont fait une demande d'aide — que ce soit pour des soins de confort, dans le cadre d'une récidive ou pour un second cancer. Au total, 897 dossiers ont été traités, contre 866 en 2024. Ce sont ainsi 96 821 euros d'aides qui ont été attribués, contre 89 000 euros l'année précédente. Un élan de solidarité sans précédent, porté par toute une île.




